La Grande Course des Templiers
67 km D2900+ / 2900-
Lundi 24 octobre 2005
Depuis la fin de la course, ma vie est devenue très compliquée. L'heure qui a suivi l'arrivée baignait dans l'euphorie, mais mes muscles déjà très durs ont refroidis... Toutes les crèmes du monde n'y feront rien, et il me faudra une semaine pour remarcher normalement. Le pire, ce ne sont pas les quadriceps, c’est le haut des mollets, juste derrière les genoux, un endroit où je ne me souviens pas avoir déjà eu mal ! Probablement à cause des descentes. Mes copains eux, ne doivent pas avoir fait la même course que moi car ils me paraissent incroyablement agiles ! Michel me dit que c'est le premier trail qui fait ça, et que les suivants laisseront moins de traces... En attendant, la moindre marche est devenue un Everest, et l'accès au gîte en compte dix !
Cette nuit, j'ai très mal dormi. D'abord parce que le moindre mouvement m'était pénible. Mais également parce que ma tête a continué à courir toute la nuit. Impossible de décrocher.
En milieu de matinée, nous disons au revoir à Didier, et nous repartons vers Paris. Je me lâche sur la bouffe. Gâteaux, tablette de chocolat, friandises... Tant pis si je mets une semaine de plus à récupérer, l'humeur n'est pas à la diététique !
Chacun raconte sa course, s'envole, s'emporte, prend les autres à témoin. Michel nous raconte ses déboires avec sa poche de camel-bag dont le fond a percé, laissant s'écouler sur son short deux litres de boisson énergétique. Il a fini avec un short dur comme un col amidonné, et surtout avec les coucougnettes en sang... Bien sûr, ça nous fait rire comme de grands gosses. Mais je n'aurais pas voulu être à sa place. Car si j'ai déjà fini une course torse nu à cause de tétons qui saignent, là, ça aurait été délicat d'en faire autant... !
Sur les aires d'autoroutes, les Templiers se reconnaissent facilement. Même ceux qui ne portent pas le t-shirt de finisher sont trahis par leur démarche de type ''canard''. Ça me rassure un peu, moi qui croyais être le seul dans cet état !
Pas un mot, mais nos regards se croisent, pleins de complicité, car nous partageons un merveilleux secret...
Nous nous arrêtons toutes les deux heures, et je découvre une descente plus difficile que celle du Roc Nantais... la descente du Zafira !
A chaque fois, je suis obligé de sortir une jambe, de prendre quinze secondes de pause, de sortir l'autre jambe, puis à nouveau quinze secondes de récup... Bref, je finis par prendre un pari sur l'autonomie de ma vessie, et par ne plus descendre de voiture !
Fin d'après-midi. Je suis dans le RER qui me ramène chez moi. Un peu mélancolique.
Je passe un petit coup de fil à ma douce pour qu'elle vienne me chercher à la gare.
Plus tard, nous arrivons à la maison.
Léna me regarde au fond des yeux et m'embrasse sans rien dire, visiblement émue.
Tristan bien sûr me demande : '' Alors, tu as gagné Papa ? ''.
'' Oui mon chéri j'ai gagné. Nous avons tous gagné... ''.