Traversée de l'Ile-de-France / Nord-Sud
Etape: 43 km - 8h00' (Marche )
Samedi 12 Août 1995
Longjumeau / Guillerval
Samedi 12 août 1995. Il est neuf heures du soir et j'ai passé la journée écroulé devant la télé, à zapper entre des programmes débiles. Sandra est partie en week-end avec sa meilleure amie, et je suis seul dans mon canapé, hagard, déprimé, vidé...
La veille, une autre de nos copines, Florine, m'avait proposé au téléphone de passer la voir dans sa maison de campagne familiale de Guillerval, dans l'Essonne. Et je me prends maintenant à regretter de ne pas y être allé. J'aurais sans doute passé un bon moment avec elle, sa maman et peut-être son frère et sa soeur. Maintenant c'est un peu tard. D'ailleurs, je n'ai ni voiture ni permis...
Et puis l'idée m'est venue comme un coup de folie. J'ai pris un petit sac à dos, j'y ai fourré mes papiers, mon walkman et quelques bricoles, et je suis parti. Dans le quart d'heure. J'ai d'abord pris le bus 297, de Montrouge au terminus de Longjumeau. C'était toujours ça de fait. Puis j'ai marché, marché, et encore marché...
Je ne me suis pas trop cassé la tête pour l'itinéraire, je n'en connaissais pas d'autre. Je me suis contenté de longer la Nationale 20. Les premiers kilomètres étaient assez abrités car je marchais sur une piste cyclable. Mais très vite, ça a été le bord de la route face au flot de voitures du samedi soir, et alors que la pluie s'était mise à tomber.
En passant à Arpajon, j'ai repensé aux dimanches de mon enfance, sur le petit bout de terrain agrémenté d'un bungalow, à St-Germain-lès-Arpajon. Nous y passions de bons moments avec mes parents et mes soeurs (elles n'étaient encore que deux) à jardiner, s'arroser, faire brûler des feuilles, cueillir des groseilles.
Mes parents avaient même voulu y faire construire une maison. Mais le terrain était peu large et les tracasseries administratives de la DDE avaient fini par avoir raison de leur projet. Nous étions donc restés à la cité...
Un peu plus loin, je me suis arrêté dans une station essence pour y boire un café et y manger un mars.
Je devais faire peine à voir, fatigué et dégoulinant, car on m'a un peu dévisagé.
Je suis donc reparti, dans la nuit, sur ce parcours de bord de nationale si peu attrayant. Peu importe, je crois que j'avais besoin de me laver l'esprit, pas d'admirer de beaux paysages. Juste avancer, dans ma bulle.
Je songeais à Jamel Balhi, grand coureur-voyageur du monde qui affectionnait les routes passantes...
C'était lui aussi un grand fan de Bob Dylan et je suis sûr que la musique de mon walkman - Ben Harper - lui aurait plu.
Vers Etampes, j'ai enfin quitté la N20 vers la base de loisirs pour rejoindre Le Petit St-Mars puis une ancienne voie romaine menant à Saclas. Les chiens hurlaient à mon passage. La nuit était déjà bien avancée et mes jambes commençaient à durcir.
Je suis arrivé devant la maison de Florine vers 6 heures. Cela faisait un peu tôt pour un dimanche matin. Alors je me suis allongé sur le petit muret et j'ai contemplé les étoiles un moment avant que le sommeil ne me rattrape. Lorsque vers huit heures j'ai frappé à la porte, elle a eu l'air à peine étonnée. Elle m'a juste dit:
"Tu as bien fait de venir. Entre, je vais te faire un café..."